Témoignages

Voici quelques témoignages de différentes personnes provenant de divers milieux.

Extraits troublants

Enfants au cirque

Le 13 avril 2001, le Chicago Sun-Times publie cette lettre d’une enseignante, Julie Ferguson. Voici la traduction française : « J’escortais une classe d’enfants au Medinah Shrine Circus. Quand les éléphants ont été derrière le rideau, l’entraîneur a commencé à jurer après ses éléphants et à les battre. Nous avons regardé avec horreur l’homme qui a frappé de toutes ses forces avec un bâton l’arrière d’une patte d’un des éléphants. Cela lui a sûrement fait mal parce que l’éléphant a crié tellement fort que tout le monde a pu l’entendre. Les enfants étaient effrayés et ne cessaient de me demander pourquoi l’homme faisait mal aux éléphants. »

Le 13 juillet 2000, le Owen Sound Sun Times publie cette lettre d’Amy Hodkinson, âgée de 11 ans. Voici un extrait de la traduction française : « Le 5 juillet, je suis allée au Cirque des Shriners. Tout allait bien jusqu’à ce que les lions et les tigres arrivent. Un des tigres voulait jouer. Le dresseur a commencé à s’énerver et a pris son bâton et a frappé le tigre. Quand le tigre a commencé à grogner après le dresseur, celui-ci a frappé encore et encore le tigre directement dans sa face. Le tigre a essayé d’enlever le bâton. Le dresseur l’a encore frappé plus violemment encore et encore. Le tigre gisait sur le sol. L’homme a ensuite saisi la queue du tigre et l’a traîné. Quand le tigre a essayé de se défendre, l’homme a de nouveau frappé le tigre en pleine face. »

L’entraîneur d’éléphants George Lewis raconte, dans son livre « I loved Rogues », des exemples de mauvais traitements infligés aux animaux. Voici la traduction française d’un extrait du livre qui démontre la sensibilité d’un éléphant : « Un jour, pendant l’entraînement des éléphants dans le « ring », on pressait les éléphants de faire leurs acrobaties. Sadie ne comprenait pas ce qu’on voulait d’elle. Frustrée, elle a essayé de sortir du « ring ». Nous l’avons ramenée dans le « ring » et avons commencé à la punir d’être si stupide. Nous avons subitement arrêté, on s’est regardé ébahi, incapable de parler… Sadie pleurait comme un humain. Elle était étendue sur le sol et on pouvait voir les larmes coulés sur sa face et des sanglots secoués son gros corps. »

Pierre Bourgault, journaliste pour le Journal de Montréal, a publié un article le 29 décembre 2001 : « Mais quand le promoteur du spectacle ajoute que ses animaux sont bien traités, c’est une tout autre histoire. Je dirais même que tous les animaux de cirque sont maltraités, d’une façon ou d’une autre. Des ours qui se promènent à bicyclette ou des tigres qui sautent dans des cerceaux, ce n’est pas, pour dire le moins, tout à fait naturel. Il a donc fallu pendant des années, les dompter, dans le pire sens du mot. Il a fallu les contraindre, les asservir, les détourner de leur nature par toutes sortes de moyens qui n’excluent pas la torture. Des années de misère et d’esclavage. Des années d’apprentissages tous plus idiots les uns que les autres. Des années de spectacles incongrus pour l’amusement des foules. »

Confession d'un dresseur

« La cruauté naît avec le dresseur »
Vladimir Deriabkine était l’un des plus grands montreurs d’ours d’URSS. Ses numéros, d’une virtuosité extrême, consistaient notamment à faire danser le twist à ses animaux ou bien à les transformer en garagistes, en barmen, en marins, tous criants de vérité. Un jour, cet homme n’a plus supporté les mauvais traitements qu’il infligeait aux animaux. Il a rompu avec sa profession, mais aussi avec la loi du silence qui l’entoure. Il a décidé de parler dans une interview à un journal moscovite, reprise par « Courrier International » en février 2003.

Vladimir Deriabkine

« Des accessoires vivants »
Pour lui, la relation d’amitié, voire familiale, qu’entretiendraient les dompteurs avec leurs animaux est un mensonge. Lorsqu’on lui parle d’un dresseur qui affirme considérer ses ours comme ses enfants, il s’exclame : « Ses enfants, tu parles! On gagnait simplement de l'argent sur le dos de ces enfants-là. On mangeait bien, on s'habillait luxueusement, on dormait dans des draps propres pendant qu'eux étaient dans des cages. » Selon son expérience, la réalité est aussi simple que cruelle : « Pour un dresseur, les animaux ne sont que des accessoires vivants. » Et de citer cet exemple : « Sur la piste, on peut s'approcher du lion, lui tapoter la crinière et même lui plaquer un baiser sur la gueule mais, en coulisse, on a un bâton. »

Bâtons à crochet

« Le secret des numéros avec éléphants »
Car seule la peur peut forcer des animaux sauvages à se prêter aux numéros. Vladimir Deriabkine, toujours cité dans « Courrier International », lève ainsi le voile sur ces pratiques : « Vous avez sans doute remarqué que tous les dresseurs d'éléphants, pendant les représentations, ont à la main une cravache de cuir ornée d'une fleur au bout, explique l’ancien dompteur. Le dresseur s'approche de l'animal, fait un geste gracieux de la main et l'éléphant, comme s'il obéissait à la fleur, se dirige gentiment vers l'endroit qu'on lui indique. Mais aucun des spectateurs ne sait que la magnifique rose cache en fait un crochet acéré, qui viendra se planter dans l'oreille de l'éléphant au moindre signe de désobéissance. C'est ainsi dans tous les cirques du monde. »

« Peur et privation de nourriture »
Dans cet entretien, l’ancien dresseur souligne que la peur des coups et la privation de nourriture sont les deux seuls leviers employés par les dompteurs pour obtenir ce qu’ils veulent de leurs animaux. Il souligne qu’il ne peut y avoir de dressage en douceur : « La cruauté naît avec le dresseur. Dès que l'on prend un ourson, qu'on le met dans une cage et qu'on le fait se produire en piste, c'est une catastrophe pour l'animal. Et pour l'homme aussi, s'il a un coeur. »

« La loi de la peur »
Vladimir Deriabkine a abandonné le cirque. Parce qu’un jour, un de ses ours a attaqué sa femme. Il l’a tuée. Ses six autres ours ont été euthanasiés. Il explique que ce drame était inévitable : « La seule chance qu' [un animal de cirque] peut avoir, c'est de régler ses comptes avec son dresseur avant de mourir. » Triste résultat de la « loi de la peur » qui préside à tout dressage.

Dick Gregory prend la parole pour les animaux dans les cirques

En travaillant comme activiste des droits civils avec le Révérend Martin Luther King Jr., nous étions en quête de justice par des moyens pacifiques. Dans les années 60, j’ai participé à toutes les manifestations des droits civils, qu’elles soient « majeures » et la plupart « mineures », dont la Marche sur Washington et la Marche de Selma à Montgomery.

Sous la conduite du Dr King, je me suis totalement engagé contre la non-violence, convaincu que la non-violence signifiait l’ opposition à la mise à mort, sous quelque forme que ce soit.

J’ai ressenti le commandement « tu ne tueras point » appliqué aux être humains, non seulement dans leurs rapports les uns envers les autres -guerre, lynchage, assassinats, meurtres- mais aussi dans leurs pratiques à tuer les animaux pour la nourriture et le sport.

Il y a de simples résolutions que chacun d’entre nous peut prendre pour éliminer l’exploitation d’autres êtres. L’une d’elles est simplement de refuser d’aller voir tout cirque utilisant des animaux. Lorsque je regarde des animaux tenus captifs dans les cirques, cela me fait penser à l’esclavage. Les animaux dans les cirques représentent la domination et l’oppression que nous avons combattues pendant si longtemps. Ils portent les mêmes chaînes et les mêmes fers.

Dick Gregory

Quoiqu’en disent les gens du cirque, il n’y a pas d’autres moyens pour persuader un éléphant à « danser » ou un tigre à bondir à travers des cerceaux, sans la menace de la punition ou de la violence. Les dompteurs portent des fouets, les dresseurs d’éléphants utilisent des "pics" (instruments métalliques pointus et coupants utilisés à donner des coups, à piquer dans des endroits sensibles). Derrière les coulisses, les dompteurs utilisent souvent des aiguillons électriques et des massues pour arriver à leurs fins

Les animaux des cirques sont encagés, enchaînés et forcés à travailler quand le « boss » l’exige. Ils n’ont jamais goûté à un instant de liberté, mais vont de la cage à la piste, de la piste à la cage. Ils voyagent pendant des milliers de kilomètres durant la pleine saison, ce qui signifie de longues heures dans des fourgons ou des remorques, sans espace pour se détendre, et pour ce qui est de courir, n’en parlons pas!

Ringling Bros. / Barnum & Bailey est l’un des cirques les plus prestigieux et des plus lucratifs dans le monde. Mais, cependant, il a été cité plus de 100 fois pour violation des droits à la protection animale (la seule loi fédérale de protection des animaux dans des spectacles itinérants).

Cette année, 2 animaux du cirque Ringling sont morts sur la route. L’un fut Kenny, un bébé éléphant forcé d’exécuter des numéros lors de deux spectacles puis dans un troisième, alors qu’il était malade. Après le 3ème spectacle, il s’est couché et mourut. Kenny était âgé seulement de 3 ans et aurait pu rester avec sa mère, à l’état sauvage, pendant 15 ans.

L’autre victime fut un tigre utilisé dans une publicité pour Ringling. Lorsque le tigre attaqua un dompteur, l’autre dompteur qui était sur scène renvoya l’animal dans sa cage, prit un fusil et tua le félin.

Ces deux morts auraient pu être évitées, pas simplement parce que les situations auraient dû être mieux maîtrisées par ceux qui en avaient la responsabilité. Elles étaient inutiles parce qu’en tout premier lieu, les animaux n’auraient pas dû être emprisonnés.

Comme l’écrit Alice Walker, « les animaux du monde existent pour des raisons qui leur sont propres. Ils n’ont pas été faits pour les humains pas plus que les noirs ont été faits pour les blancs ou les femmes pour les hommes. »

Les animaux et les humains souffrent et meurent de la même façon. La violence cause la même souffrance, le même flot de sang, la même puanteur de la mort, le même arrêt brutal de la vie, arrogant et cruel. Nous n’avons pas à y prendre part.

« Marin Independant Journal » du 28 avril 1998